La situation se passait en décembre 2009 un soir en rentrant chez moi, dans le RER. Un mal voyant rentre dans la rame à la station Nanterre Préfecture (pour ma part, je prends le RER à la Défense).
Etant assis sur un strapontin, je lui cède volontiers et tout à fait naturellement ma place. "Voyant" (excusez le terme...) qu'il descend comme moi à la station de Nanterre ville, je lui propose de l'aider à trouver son chemin pour sortir de la gare.
Il m'indique qu'il suffit que je l'amène en haut de l'escalier et qu'après, il saura se débrouiller seul. Il me donne son bras et nous commençons à discuter de choses et d'autres. Pris par la conversation, nous discutons jusqu'à la sortie de la gare.
Là, voyant la circulation (il fallait traverser une rue très passante) et un peu inquiet pour lui (même s'il m'assure qu'il a l'habitude), je lui demande s'il veut que je l'accompagne jusque chez lui car il m'informe qu'il habite près de la gare. Au moins traverser cette fameuse rue !
Il accepte et nous continuons le chemin jusqu'au pied de son immeuble après cinq bonnes minutes de discussion. Là, nous nous séparons en se souhaitant mutuellement bonne soirée.
C'est une "expérience" qui m'a marqué sur plusieurs points. C'était la première fois que je discutais avec une personne rencontrée dans les transports en commun et de manière si spontanée. Arrivant de province (en fait de Luxembourg), je trouve les "parisiens" plutôt moroses dans les transports. Personne ne s'adresse la parole, tout le monde fait une "tête" pas possible.
J'ai trouvé en ce non-voyant une personne ouverte et "chaleureuse". La discussion s'est engagée très vite. Ma principale "difficulté", si l'on peut dire, était de marcher à sa vitesse. Je comprends tout à fait qu'un non-voyant ne puisse pas marcher aussi vite et à la même vitesse qu'un voyant. Difficulté de très courte durée, on s'y adapte très vite.
Sur le plan de nos réactions, je dirais que nous avons eu la même, à savoir une rencontre fortuite, on discute naturellement de "la pluie et du beau temps" et on se quitte quelques minutes après. Chose que je qualifierais d'assez banale mais assez exceptionnelle sur Paris.
Sur le plan émotionnel, je me suis dit au départ : tu fais ta BA de la journée. Et puis en fait, très vite, j'ai oublié cette idée et je me suis retrouvé en train de discuter avec plaisir avec un inconnu, tout à fait comme les autres.
Sa seule différence était que lui au moins, m'avait spontanément adressé la parole et était beaucoup plus "gai et ouvert" que la majorité des gens.
PS : je l'ai recroisé une fois depuis dans le RER (même stations de RER, même strapontin...). En lui cédant ma place, lorsque je lui ai dit "bonjour, vous vous souvenez de moi ? il m'a répondu "Ah oui, je me souviens, c'est vous qui venez de Luxembourg (je lui en avais parlé lors de notre première rencontre).
Et de manière tout à fait naturelle, je l'ai raccompagné jusqu'au pied de son immeuble, comme la première fois et toujours en discutant de la pluie et du reste...!
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