J'ai une amie paralysée à 80 %, suite à un anévrisme au niveau de la moelle épinière. Cet accident est arrivé sans cause, du jour au lendemain.
Au tout début, l'encouragement des proches, l'espoir, l'envie de vivre, cette force qui permet d'espérer. La confiance aussi envers le corps médical. Elle a subi IRM, radios, examens en tous genres et puis le diagnostic irréversible : paralysée à vie.
Et là, tout s'écroule, tout s'arrête subitement. Elle ne sort pas car elle est clouée toute la journée sur un fauteuil roulant, juste en pouvant bouger ses bras. Sa paralysie remonte jusqu'à son diaphragme, l'empêchant de respirer normalement. Si elle venait à attraper la moindre infection pulmonaire ou rhume, j'ignore comment elle pourrait combattre l'infection.
Ses jours sont identiques et elle a peur. Peur que ça empire, d'avoir une maladie où elle devrait devoir sortir et subir des examens dans des locaux non équipés pour son handicap. Elle ne va plus chez le dentiste, se laisse aller, n'a plus le goût de vivre. Cela se comprend. Elle regarde de temps en temps à la fenêtre. Dehors, la vie, qui s'agite, qui court, dans la plus grande ignorance de ce qu'est avoir la chance de pouvoir marcher.
Je vais souvent la voir, je l'appelle aussi. Mes mots sont vains. Je l'écoute. Elle a un besoin énorme de se confier, de me parler de ses craintes, ses peurs, sa révolte contre le corps médical et les associations qui ne font pas toujours le nécessaire pour les handicapés de son niveau.
Elle doit tout gérer par le biais d'internet et le téléphone, se battant tous les jours pour des aides, du matériel adapté. Je n'ose pas lui parler de mes problèmes. Ils sont si dérisoires par rapport à sa douleur physique et morale. Tout est dérisoire quand on est à la fois vivant et mort.
Elle n'a rien perdu de ses facultés intellectuelles. Je ne lui parle plus de mes vacances, de mes promenades. Je culpabiliserais trop de lui parler de ma joie de vivre alors qu'elle ne peut plus rien faire. Nous sortions souvent avant et aimions la vie. Une vie faite de joies simples. Tout s'est arrêté maintenant. J'ai peur pour elle, pour les jours et les années à venir...
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