Mes parents sont sourds et muets, ma mère de naissance et mon père à la suite d'une méningite lorsqu'il était encore nourrisson.
J'ai grandi dans cet environnement. Je me suis construite comme ça.
Enfant, je dois l'avouer, j'avais honte de mes parents. La surdité ne se lit pas sur le visage. Par conséquent, tout se passait normalement jusqu'au moment où ma mère ouvrait la bouche. A partir de ce moment-là, tous les regards se braquaient sur nous. C'est assez difficile à vivre.
Puis avec l'adolescence, vous prenez conscience et votre réaction change; après la honte vient l'agressivité. Les regards portés sur vos parents deviennent insoutenables et, avec plus ou moins de cran, vous agressez verbalement les personnes dont le comportement ne vous paraît pas adapté, pas assez discret.
Quelques années plus tard, vous assumez totalement ce handicap. De ce fait, l'agressivité vous quitte, sans doute aussi parce que vous comprenez que la réaction des autres est liée à de la curiosité, de la gêne, de la maladresse et aussi parce qu'il faut bien se faire une raison.
On pense souvent, à tord, que la surdité est un handicap plus facile; c'est inexact. Vous êtes totalement coupé du monde. L'isolement est effroyable. Combien de fois ma mère s'est retrouvée bloquée dans le métro sans savoir ce qui se passait. La communication ne vient pas jusqu'à vous.
Aujourd'hui, les moyens de communication tels Internet et les téléphones portables avec les SMS permettent de communiquer nettement plus facilement. Cela améliore le quotidien mais reste nettement insuffisant.
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