Maudy Piot : la présence du handicap oblige l'autre
Le but de l’association
Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir (FDFA) est de « lutter contre la
double discrimination d’être femme et handicapée ». Je viens rendre visite
à Maudy Piot,
sa présidente.
Je sais par une amie que Maudy Piot, qui est
non-voyante, est emballée par Handi-partage. Trouvant elle aussi que partager
les expériences est un excellent moyen de progresser, je lui demande de réagir
à une expérience
qui évoque les déjeuners dans le noir. Le but de ces moments est de
permettre à une personne valide de faire l’expérience de ce que vit une
personne non-voyante. Pour elle, c’est une bonne initiative :
Dans ces situations, on a une autre perception de l’espace. Le stress entraîne parfois une moins bonne perception des bruits environnants. Le corps est dérouté, mais aussi –et c’est l’objectif - il s’autorise à essayer. Cette approche directe par le corps est très intéressante, tout comme la sensation de s’asseoir dans un fauteuil roulant.
Mais elle ajoute qu’en matière de perception fine de ce qu’est vivre avec un handicap, on reste loin du compte :
La mise en situation est courte, on se dit « je suis ballot, heureusement que ça ne dure qu’une heure ! ». De plus, elle est factice. Par exemple, on ne voit pas mais l’on n’est pas vu non plus. Dans le vrai monde, où je ne vois pas mais où les autres me voient, se pose en plus le problème de manger proprement, sans me salir.
Respecter la singularité de chacun
Ces ateliers sont une tentative pour rapprocher ponctuellement les vécus. Mais dans la relation au quotidien, comment cela se passe-t-il ? Qu’impose-t-on à l’autre lorsqu’on est handicapé ? A quoi l’oblige-t-on ? C’est une question qui préoccupe Maudy Piot, et qu’elle rencontre fréquemment auprès de ses patients, dans son métier de psychanalyste.
Lorsqu’on est handicapé, on oblige l’autre à nous prendre en charge, ou au moins à nous prendre en compte. Si l’on voit une personne handicapée qui va droit sur un obstacle, deux réactions sont possibles : soit se précipiter pour lui éviter l’accident, soit l’ignorer et être dans le déni de la différence.
Le handicap provoque toujours de la souffrance ; soit la personne handicapée reste centrée sur sa différence et ses difficultés, ce qui peut entraîner un état dépressif, soit elle se sert de sa différence pour accomplir autrement les actes de la vie quotidienne.
Pour Maudy, la relation entre personnes handicapées et personnes valides est un échange d’obligations mais aussi de reconnaissance, qui va dans les deux sens :
Chacun de nous a besoin de voir sa singularité respectée. Nous avons, nous aussi, le devoir de reconnaître les « bien portants » dans leurs singularités, leurs préoccupations, différentes des nôtres.
Laurent Ryckelynck
Photos
- Maudy Piot
Ressources
- L’association FDFA






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