Pour Marie de Saint-Blanquat, l’humiliation n’est pas au cœur des ressentis
Marie
de Saint-Blanquat est, depuis sept ans, la Présidente du
Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (GIAA). Je lui ai fait
parvenir avant notre rencontre l’expérience
de nsuin, membre de Handi-partage :
C'était à la fac. Mon camarade avait une grosse déficience visuelle (dégénérescence pigmentaire). Il prenait tous les cours sur un ordinateur équipé d'un zoom puissant Lire la suite …
Dans cette expérience, un mot surtout m’a fait réagir. C’est celui d’ « humiliation ». Le mot me semble fort, mais j’interroge Marie : est-ce une réalité, ou est-ce une projection ?
Cette personne, comme de nombreux valides, a ressenti de la culpabilité. Un certain
pourcentage d’aveugles ressent sans doute de l’humiliation. En particulier ceux qui sont handicapés depuis peu de temps. Au début, la canne blanche, par exemple, est vécue comme une humiliation : « Ah, non ! ». La canne stigmatise, alors que c’est un instrument magique ...
Pour Marie de Saint-Blanquat, l’humiliation n’est pas au cœur des ressentis :
Il y a effectivement des personnes blessées à vie, mais la plupart des aveugles ont mis l’humiliation derrière eux. En revanche, je peux être indignée, ça oui ! Un exemple : hier, je prends le métro comme d’habitude, plutôt de bonne humeur. Lorsque quatre personnes me prennent par le bras pour « m’aider », je suis polie et j’essaie d’expliquer… Mais à la cinquième, j’ai failli exploser.
Comment faire pour aider ?
Je lui avoue ma surprise de voyant. Comment faire, alors, pour savoir s’il faut aider ?
C’est vrai, l’aveugle ou le mal-voyant peut avoir besoin d’aide. Mais cette aide ne s’impose pas. Il faut mettre en regard un autre besoin, c’est celui du respect. On tend à nous prendre pour des enfants ! On me demande : « Vous allez où ? » … J’ai envie de répondre « mais qu’est-ce que ça vous fait ! ». En réalité, c’est assez simple, il faut avant toute chose parler, proposer : « Bonjour… ».
Si un aveugle marche tranquillement sur son trottoir, ce n’est pas la peine de « rendre service » …
Si vous percevez un danger immédiat, vous pouvez crier : « stop ! ». Moi, quand j’ai besoin d’un renseignement, si j’entends passer quelqu’un, je dis « s’il vous plaît ». Quand je n’entends pas de passage, je hèle à la cantonade « s’il vous plaît, pour aller vers… ». La personne qui perd la vue doit apprendre à ne pas être timide au risque d’être toujours renvoyée à sa déficience.
Une fenêtre qui s’ouvre
Voilà qui est clair et pratique. Puis, nous évoquons le partage d’expérience en général. Je lui raconte ce que m’a dit une personne handicapée, désarçonnée devant un handicap qui n’était pas le sien. Sa propre expérience le confirme.
Avec un cousin poliomyélitique, il y a longtemps, j‘étais à cette époque « un peu » mal-voyante, j’avais des difficultés : j’étais gênée et je ne savais pas comment l’aborder simplement.
Puis, à l’occasion d’un mariage, j’ai passé une journée avec lui, sa femme et ses enfants ; Nous avons beaucoup parlé, de tout et de rien et cela a tout dédramatisé. Non seulement, j’ai eu plus de simplicité envers lui et par suite envers toutes les personnes dites « différentes », mais cela a été un appel d’air frais, ou une fenêtre qui s’ouvrait …
D’une certaine manière j’ai pris conscience de l’existence réelle de toute une partie du monde que, précédemment je me contentais de plaindre. C’est cela qu’on appelle souvent le changement de regard …
Voilà exactement l’ambition de Handi-partage ! Marie de Saint-Blanquat me confirme que c’est aussi la volonté du GIAA de s’ouvrir pour mieux faire partager et comprendre à l’extérieur la situation des ses adhérents : « c’est crucial d’être visibles ! »
Laurent Ryckelynck
Responsable éditorial
Photos
- Marie de Saint-Blanquat
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pourcentage d’aveugles ressent sans doute de l’humiliation. En
particulier ceux qui sont handicapés depuis peu de temps. Au début, la canne
blanche, par exemple, est vécue comme une humiliation : « Ah,
non ! ». La canne stigmatise, alors que c’est un instrument magique
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