Anne Voileau : handicap psychique et travail, c’est possible !
Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec Anne Voileau, créatrice du
magazine Etre Handicap Informations. Anne l’a développé depuis 18 ans, selon sa
formule : avec et pour les
personnes handicapées.
Les locaux de la revue sont également un centre de formation à la bureautique pour les personnes handicapées psychiques qui accueille une cinquantaine de personnes par an. Cinquante pourcent des salariés de la revue sont d’anciens stagiaires.

J’ai justement préparé pour Anne un cocktail d’expériences tirées de Handi-partage, centrées sur le handicap psychique au travail :
- Dans la première, une personne handicapée s’insère facilement. Pourtant, son CDD n’est pas renouvelé.
- Dans la suivante, des difficultés de communication créent un fossé qui semble ne pouvoir jamais être comblé.
- Enfin, dans cette dernière expérience, une aide sincère permet des progrès, même s’ils sont à consolider.
Une lecture attentive permet de remarquer que, dans chacune de ces trois expériences, la personne valide est déroutée et cherche à se situer : « je ne savais pas définir son handicap », « … des troubles mentaux que je ne connais pas vraiment », « Je ne comprenais pas pourquoi … ». Anne explique :
C’est tout simplement que l’on a peur de ce que l’on ne connaît pas. S’il y a de l’information, ça marche. Car une fois prévenu, on sait comment réagir et on ne subit plus la situation.
Les personnes handicapées psychiques ne sont-elles pas les mieux placées pour informer ?
Non, car elles ont tendance à se dévaloriser et à se dénigrer sans arrêt. Si elles se présentent, elles vont dire qu’elles sont nulles. L’accompagnement est vraiment important.
Dans l’entreprise, il vaut mieux qu’une tierce personne présente la personne handicapée au groupe et parle de ses capacités. Cela peut se faire par exemple à la cantine.
Ce qui est important, ce sont les premiers jours
Je demande à Anne d’expliquer comment elle s’y prend.
J’explique au groupe que la personne handicapée psychique a ses qualités et ses fragilités, comme tout le monde. Que, s’étant beaucoup cognée aux murs, la personne connaît souvent bien mieux ses forces et ses faiblesses. Je dis aussi que, d’une certaine façon, cela rend ces personnes plus fortes que beaucoup de personnes dites valides.
Mais est-ce qu’une simple information suffit pour réussir l’insertion d’une personne handicapée psychique dans une équipe ?
Pour les personnes ouvertes du groupe, oui. Déjà, le regard a changé. S’il y a une curiosité, un intérêt … c’est le début ; après, il ne faut pas hésiter à demander, à poser des questions.
Ce qui est important, comme pour tout collaborateur, d’ailleurs, mais plus particulièrement pour les personnes handicapées psychiques, ce sont les premiers jours. Au démarrage, le stress peut être très fort … il faut beaucoup rassurer.
Sur ce thème du handicap psychique au travail, je voudrais qu’Anne nous dise si elle voit les choses changer.
Oui, cela évolue dans le bon sens. Il y a trois ans, pour la première fois, il y a eu un colloque « santé mentale et emploi ». C’était une première ! Jusqu’à cette date, les psychiatres étaient plutôt contre l’insertion dans l’entreprise.
Mais, dans la pratique, lorsque la personne est stabilisée, avec un bon suivi et une bonne médication, cela peut donner à l’entreprise des collaborateurs parfois plus honnêtes intellectuellement, plus curieux, plus responsables, tout en étant tout à fait professionnels.
Photos
- Anne Voileau
Ressources
- Le site Etre Handicap Informations
- Anne Voileau est aussi présidente de la radio Vivre FM 93.9






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